Hans les avait rejoint, il avait l'air un peu gêné par rapport à Bill et Tom, parce qu'il avait vu Richard et David rentréer dans la chambre de Tom, certes à cause du MP3 il n'avait pas su la suite, mais les deux agissaient comme s'il ne s'était rien passé, ils avaient l'air préoccupés par tout autre chose et surtout, Richard et David n'étaient pas là. Surtout, ils s'étaient assis l'un en face de l'autre, du coup Hans s'était retrouvé juste à côté de Tom et Bill à côté de Gustav.
Bill ressentit comme une gêne à un moment, avant de se mettre à manger, il se tortillait, il n'osait pas parler, et il regardait Tom fixement.
Hans se demanda ce que cela voulait dire, Gustav avait vaguement remarqué un truc, m'enfin bon, y a des priorités dans la vie, à commencer par manger quand on meurt de faim.
Tom semblait ne pas comprendre, mais tout à coup, et pratiquement sans regarder Bill, il tendit le bras pour prendre la tasse de café qui se trouvait sur le plateau de Bill, en avalant deux gorgées et le reposa. Puis il se pencha en avant de nouveau, plongea sa cuillère dans le bol de céréales imbibées de lait de Bill et les goûta. Le jus d'orange était dans un pack hermétique, donc il n'y avait pas de danger.
- Pourquoi tu lui prends sa bouffe alors que tu as pris exactement la même chose?, demanda Hans, ahuri.
- Pour savoir si ça a le même goût, cette bonne blague.
- Et alors, ça a le même goût?
Là, Tom prit le temps de regarder Bill droit dans les yeux. Bill, lui, n'en pouvait plus de voir Tom aussi gentil. C'était vraiment touchant, de se souvenir qu'il avait toujours cette angoisse lancinante qu'on lui mette quelque chose de pas net dans sa nourriture, Bill se prit à sourire comme un con, et à se troubler, même, quand Tom planta son regard dans le sien et lui dit:
- Oh, tellement, tellement le même goût...
- Vous êtes grave les mecs, conclut Hans en beurrant rageusement ses tartines.
C'est qu'il n'était pas insensible aux charmes de Bill, ce matin-là. Seulement Bill ne le regardait pas, il se concentrait sur Tom.
Hans finit par quitter la table le premier, sans vraiment savoir pourquoi il se sentait aussi en colère.
Après le petit déjeuner Bill et Tom se séparèrent de Gustav qui avait cours dans un autre endroit du lycée, il avait un an de plus qu'eux.
Enfin seuls, ils purent parler.
- Alors comme ça, ce soir, c'est moi qui vient dans ta chambre?
- Oui.
- Qu'est-ce qui te fait croire que j'en ai envie? dit Tom avec un sourire narquois.
Bill passa devant lui, ils étaient dans les escaliers, il le devança de quelques marches et lui barrant le passage en roulant des hanches, en tortillant du cul, les yeux à demi fermés, la bouche entr'ouverte, comme une danseuse de charme, avec ses hanches qui sortaient à chaque mouvement un peu plus du pantalon taille basse et faisaient cliqueter la ceinture, heureusement qu'ils étaient seuls.
- Oh putain...ne put s'empêcher de soupirer Tom, incapable de bouger devant ce spectacle.
- Bah voilà, à cause de ça! dit Bill en ricanant.
- C'est malin, ça, de me mettre dans tous mes états juste avant le cours!
- Et encore, je ne me suis pas mis contre toi... Je ne t'ai pas pris dans mes bras...
- Et moi, je ne t'ai pas embrassé, je n'ai pas laissé glisser ma main sur ton ventre, sur tes fesses, sur ton...
- Hééééééé, je te rappelle que moi j'ai pas de pantalon large pour cacher mes émois!
- Et ça nous fait un partout.
- Puisque c'est comme ça, je ne veux plus te parler, te sentir près de moi jusqu'à ce soir!
- Quoi? T'es malade?
- Oh, allez, ce sera tellement plus excitant ce soir, quand on se retrouvera, on sera chauds comme des braises!
- Mais la journée va être atrocement longue!
- S'il te plaît, fais le pour moi.
- Dis plutôt que je ne te plais pas, que tu as honte de moi, et que tu as besoin de la journée pour te préparer à me retrouver ce soir.
- Tu sais que tu es con, là?
- Bah, je me pose des questions, c'est tout.
- Tu crois que je ne vais pas souffrir toute la journée? Mais Tom, si on était seuls, ou si seulement nous n'étions pas au lycée, internes en plus, je serais nu, là, maintenant, avec toi, dans un lit ou n'importe où!
Minute de silence où ils se regardent fixement.
- Alors là Bill... Ce soir, tu as intérêt à être prêt!
Bill eut un petit rire et continua de courir vers la classe.
Tom le laissa partir en premier, qu'il s'installe, il ne veut pas m'avoir près de lui, très bien, alors nous n'arriverons pas ensemble.
Et voilà, je suis le dernier à rentrer dans la classe, reste une place au premier rang, putain, je commence à être abonné, à côté de Friedrich, ouais, bon, y a pire.
Il est où Bill, vas-y Tom jette donc un coup d'oeil discret.
Oh zut, il est à côté de Hans, je sais pas pourquoi je le sens pas trop lui. Depuis ce matin il me regarde en-dessous, j'ai horreur de ça. Et puis j'ai aussi vu comment il regardait Bill, non mais oh, me taire je veux bien mais je ne me laisserai pas piquer mon mec, ça non alors.
Qu'est-ce que je viens de dire? "Mon mec"? Après tout, c'est ce qu'il en est. Ouais, mais ça fait même pas vingt quatre heures, quoi...
- Eh bien, M. Trümper, vous rêvez?
- Haaaaaaaa !!!!!! *putain m'a fait peur ce con, et les autres qui se marrent, bordel, mais pourquoi j'ai crié comme ça moi?* Euh oui monsieur, un peu. Excusez moi.
- Si vous êtes parmi nous maintenant tout va bien, aujourd'hui nous évoquerons le renouveau du romantisme allemand au travers des Souffrances du jeune Werther de Goethe.
Oh misère...
- M. Kaulitz, je peux savoir pourquoi vous riez?
Et maintenant ce con qui se fout de moi, c'est vrai, c'est très drôle, attends un peu qu'on soit ce soir.
- Euh... Je sais pas trop. Peut-être est-ce parce que je vois pas trop comment on peut parler de renouveau du romantisme dans la mesure où le romantisme allemand n'existait pas avant Goethe?
Je me tourne vers lui, ah ben ça alors, je m'y attendais pas à celle-là, monsieur s'y connaît en romantisme en plus. Il me voit, je dois avoir l'air tarte, parce que ça le fait encore plus se marrer. Le prof, lui, est reparti sur sa lancée.
- Vous l'avez lu?
- Oui.
- Cela vous a plu?
- Bah, pas trop nan.
- Pourquoi?
- Je sais pas ce qui m'a gêné le plus. Qu'on se suicide par amour ou qu'on trouve le moyen de se louper en se tirant une balle dans la tête.
Le prof a pas l'air d'apprécier, parce que Bill a fait se marrer tout le monde, il ne dit plus un mot et remonte vers son tableau noir. Le cours commence. On en a pour deux heures.
Oh misère le retour.
A la récréation, Bill reste fidèle à ses habitudes et va se planquer, pas moyen que je mette la main dessus, de toute façon je ne cherche pas tellement à le retrouver, je discute avec deux trois gars mais sans vraiment faire attention.
Au déjeuner re- belote, pas de Bill au réfectoire, il a dû retourner dans sa chambre, et ce n'est pas bon du tout, ça, je voudrais qu'il mange régulièrement, mais avec cette tête de mule... Je sais où il est, mais je n'irais pas dans sa chambre, je dois tenir, je lui ai promis.
En cours après le déjeuner, on a eu droit à l'arrivée du proviseur et de Mlle Hagen, en cours d'anglais, expliquant que Richard et David ont essayé de me casser la gueule et que grâce à Bill Mlle Hagen avait pu intervenir, merci de me rappeler ça, qu'ils ne seront pas renvoyés mais qu'ils seront affectés à un autre dortoir.
Le poviseur nous demande, à Bill et à moi, si on va bien. Il a l'air un peu surpris, mes dreads ça lui fait un choc, le maquillage de Bill ça lui fait un choc, il nous regarde pas méchamment, mais ça se voit qu'il laisserait jamais ses gosses faire pareil. Mlle Hagen à côté, à l'air un peu furibarde sur les bords, les anglaises en bataille et tout, Friedrich me souffle une connerie du style "j'adore son cul", j'ai pas le temps de lui dire que Mlle Hagen est en réalité une chauve- souris que:
- Et bien pas moi le vôtre, Friedrich!
- Que, mais... Je...
- J'ai parfaitement entendu la réflexion que vous venez de faire à votre camarade! Vous serez aimable de vous abstenir!
- Qu'est-ce qu'il a dit, Mlle Hagen?, demande le proviseur.
- C'est bon monsieur le proviseur, j'ai réglé le problème.
Alors ça c'était cool, parce qu'elle aurait aussi bien pu faire embarquer Friedrich dans son bureau.
- Je tiens tout de même à préciser devant tout le monde, que si on m'avait écoutée, Richard et David seraient à la porte du lycée à cette heure-ci. Mlle Hagen a dit ça avec un putain d'air buté, elle a dû batailler pour les virer mais au final est allée se faire foutre et elle a du mal à l'avaler.
- Oui, Mlle Hagen, mais...
- Oui, je sais, vous êtes le proviseur, vous prenez la décision finale, seulement les élèves ont le droit de savoir que je ne cautionne pas.
- Vous avez tout dit, c'est bon?
- Oui. Et maintenant, je retourne donner mes cours. Vous me payez trop pour que je reste à traîner ici.
Et elle se barre. Le proviseur dit je sais pas quoi et se casse, Friedrich recommence à me parler de Mlle Hagen, et comment elle est bonne et patati et patata.
J'ose pas lui dire que j'en ai rien à battre, que je voudrais être un poil peinard pour penser à Bill, je jette un coup d'oeil derrière, Hans essaie de parler à Bill mais lui, il a l'air de se faire chier, mais d'une force...
Ha ha, bien fait pour toi, t'aurais pas eu cette idée de nous faire attendre jusqu'à ce soir on se serait gaufré Where is Brian ensemble.
Après les cours, Bill va s'enfermer dans sa chambre, je vais dans la mienne, apparemment pour lui le soir ça veut dire après le dîner. Je fais vite fait les devoirs pour demain, rien de trop compliqué. Je m'étends sur mon lit, les mains croisées derrière la nuque. Je ferme les yeux.
Et je revois Bill, nu, paniqué avec son tuyau de douche dans les mains. Le dos de Bill, quand je l'ai rejoins pour l'empêcher de partir et l'embrasser. Bill, débaroulant dans le couloir, sublime, ce matin, sûr de sa beauté. Bill toujours, se tortillant devant moi comme une strip-teaseuse.
Bill, une traînée de sang le long des tempes, son sang sur ma main aussi, pâle comme la mort...
HAAAAAAAAAAAAAAAAA !!!!!!!!!!
Je me réveille en sursaut, en sueur, je m'assieds sur mon lit. Putain, je me suis endormi sans m'en rendre compte, les images ont continué de défiler, mais la dernière, putain, la dernière... Quel horreur comme cauchemar, et voilà qu'on frappe à la porte, et qu'on entre sans que j'ai eu le temps de réagir, c'est Bill, il est là, bien vivant, je suis encore sous le choc mais il fait style je m'en fous, il me balance juste un:
- Bon,tu viens? On va manger là...
Je suis tellement content de le voir en vie que je le suis bien docilement.



