Hans était blond, aux yeux bleus, avec une coupe romantique mais un physique assez quelconque.
Gustav l'avait fait passer pour un gay auprès de Tom et Bill pour l'emmerder, au fond, il n'y croyait pas, il était quasi persuadé que Hans était hétéro, ou plutôt, il ne s'était jamais posé la question.
Mais il se trompait. Il n'y pouvait pas grand chose, parce que Hans se cachait admirablement bien, notamment en jouant les homophobes.
Il n'était pas spécialement courageux. Certes, il ne serait jamais allé avec David et ses deux copains faire des misères à Bill, mais quand il vit David et Richard rentrer dans la chambre de Tom en chaussettes pour ne pas faire de bruit et des poings américains à la main, il rentra simplement dans sa chambre et mis son MP3 en marche.
Avec le volume à fond, pour ne rien entendre.
David et Richard avaient la ferme intention de faire regretter à Tom son coup d'éclat à la cantine. Des nouvelles de l'infirmerie étaient venues, Stephen avait la mâchoire fracturée, fendue en deux. Ils n'avaient pas d'idées très avancées, le but premier était de lui casser la gueule, les cochonneries et humiliations viendraient ensuite.
Tom était dans la minuscule salle de bains, il sortait juste de la douche, entièrement nu donc complètement fragile, les dreads dégoulinantes. Une toux grasse le fit sursauter.
Il ne les avait pas entendu rentrer dans sa chambre, il était préoccupé, des tas de choses se bousculaient dans sa tête.
Et ils étaient là, ces deux connards. Morts de rire, railleurs, méprisants, obtus, sûrs de leur supériorité physique, sûrs de le descendre.
Tom savait aussi qu'il n'avait aucune chance. A midi au réfectoire, il avait profité de l'effet de surprise, il ne gagnait jamais à l'affrontement pur et simple, il avait si peu de force qu'il devait toujours ruser.
Pas d'échappatoire, pas d'issue. Il se mit à trembler.
Les deux autres éclatèrent d'un grand rire méprisant.
- Alors, on fait moins le malin, hein?
Tom ne répondit pas.
- Hé, fit David Richard t'a posé une question. Tu ne vas quand même pas lui manquer de respect à ce point, non?
- Laisse, David. Ce petit pédé est pas loin de se chier dessus
Richard et David s'avancèrent, marchèrent sur Tom jusqu'à le bloquer contre le mur de la chambre.
Ils tendirent vers lui des mains menaçantes, la poitrine de Tom se soulevait avec violence sous l'effet de l'angoisse, il n'avait pas peur de la douleur physique mais ces deux là étaient vraiment des malades et des pervers, il le sentait confusément, il sentait que ça ne se limiterait pas à une raclée en bonne et due forme, ils étaient capables de lui faire des trucs atroces, et c'était de ça qu'il avait peur, il ne voyait pas trop ce qui aurait pu le sortir de là.
Ses jambes se dérobèrent sous lui et ce n'était pas une bonne chose, son corps le lâchait complètement pendant que David se glissait derrière lui pour le tenir par les bras sans lui laisser la moindre chance de se débattre, une prise bien réussie, il avait dû faire la même à Bill le matin.
Tom reçut un premier coup de poing en plein visage, son nez saigna immédiatement et le sang coula jusque sur son torse, il fut à moitité assommé et la suite de ce qu'il allait se prendre dans la gueule allait être pire, il en arriva à souhaiter confusément de s'évanouir très vite.
Lorsque tout à coup, Richard recula en se tenant la tête, et ils purent entendre hurler derrière eux:
- Lâche le, connard, et plus vite que ça!
Quelques minutes plus tôt
Bill était sous la douche, lorsqu'une sourde angoisse commença à l'envahir et à lui peser sur les tripes. Il se demanda d'où cela lui venait, il avait une certaine tendance à ressentir physiquement les émotions, ou alors il avait cette sensation juste avant qu'un problème ne se présente à lui, il pouvait les sentir venir mais il ne savait jamais à l'avance en quoi ils consistaient.
Il en avait presque conclu que c'était peut-être ce qui lui restait de sa joie de s'être senti à peu près normal avec les garçons, et d'avoir eu Tom tout contre lui, lorsque le flexible de douche lui resta dans les mains.
Le poids sur sa poitrine s'allégea un peu, et en coupant l'eau, il se dit que son angoisse venait peut-être de ce qu'il pressentait que le truc allait se casser.
Il sortit de la cabine de douche, toujours avec son flexible, mais il ne fut pas tranquille longtemps.
L'oppression de l'angoisse, la douleur dans son ventre revinrent, énormes. Encore plus. Plié en deux, les mains crispées sur le tuyau et la pomme de douche, et il était tout nu.
Quelque chose lui disait qu'il ne pouvait pas rester dans sa chambre, il sortit dans le couloir, l'angoisse lui faisait oublié toute pudeur, une chose terrible se tramait, personne dans le couloir, des bruits étranges et étouffés dans la chambre de Tom, mais oui, c'est sûr, c'est là, la douleur dans son ventre se fit plus aiguë, le poids sur sa poitrine se fit plus lourd mais il se redressa, il cavala jusqu'à la chambre de Mlle Hagen, frappa puis fit demi-tour sans attendre de réponse et se précipita dans la chambre de Tom en laissant la porte grande ouverte, en espérant que Mlle Hagen comprendrait.
Et là, il vit.
Tom, en sang, le regard perdu, terrifié, et cette ordure de David qui le tenait en riant, et Richard, putain, Richard qui allait...
Sans réfléchir, Bill fit tourner au-dessus de sa tête le tuyau de douche qu'il n'avait pas lâché et la pomme de douche en laiton alla frapper Richard au sommet du crâne, le forçant à reculer en grognant. Jouant le tout pour le tout, il se mit à hurler:
- Lâche le, connard, et plus vite que ça!
Richard et David se concertèrent du regard. Bill avait l'air de disjoncter, il ne tiendrait pas longtemps comme ça, Richard choisit de lui foncer droit dessus. Tom essaya de se dégager de la prise de David, Bill n'avait aucune expérience dans le fait de se battre, il ne savait même pas esquiver vraiment, tout ce qu'il put faire ce fut de recevoir dans l'épaule le coup de poing qu'il aurait dû se prendre dans la tempe.
- Arrêtez ça tout de suite! gueula quelqu'un sur le pas de la porte.
Mais Richard était fou, il ne comprit pas, il allait continuer sur sa lancée, alors que David, lui, avait vu et s'était dépêché de lâcher Tom.
D'un coup de pied retourné qu'il reçut en pleine poitrine, Richard fut arrêté dans son élan par Mlle Hagen.
Interloqué, il regarda tout autour de lui, vit Mlle Hagen et blêmit.
Lui et David étaient sacrément dans la merde.
Bill courut aider Tom à se relever, mais Tom refusa de se comprimer le nez avec un mouchoir en papier, l'idée d'être recouvert par son propre sang ne lui déplaisait pas tant que ça, il était encore un peu sonné.
Mlle Hagen prit le visage de Tom dans ses mains, et le regarda dans les yeux une bonne minute. Apparemment, elle en conclut qu'il allait bien, car elle se retourna vers Richard et David.
- C'est quoi ce bordel? Qu'est-ce que vous faites ici?
Silence
- Vous êtes venus là pour frapper Tom, c'est ça? A cause de ce qu'il a fait à Stephen au déjeuner?
Silence pesant.
- Et vous Bill? Vous étiez de la fête aussi?
- Oh non, moi j'étais sous la douche, j'ai eu une angoisse, je suis venu.
- C'est vous qui avez frappé à ma porte?
- Oui, j'avais besoin de vous.
- Vous avez bien fait.
Elle prit quelques secondes pour réfléchir.
- Bien, Bill, je vous confie Tom. Vous deux, avec moi, on sort de là. Allez, bougez!
Elle les poussa dehors avec brutalité.
Bill et Tom se retrouvèrent seuls.
Point of View Bill
Oh mon Dieu, il est littéralement couvert de sang. Pourquoi je ne suis pas venu plus tôt, putain.
- Tom, tu devrais t'asseoir.
- Pourquoi, j'ai pas l'air bien?
Il éclate de rire avec moi, ce n'est pas vraiment l'ambiance, mais nous nous sommes marrés quand même. Je prend la chaise de bureau et le fait asseoir. Puis je vais mouiller un gant dans la salle de bain, et me met à le nettoyer. Il se laisse faire, il ne fait pas grand chose pour m'aider mais il me laisse faire.
- Voilà, dis-je. Tu ne saignes plus.
- Merci Bill. Je... Heureusement que t'étais là. Comment t'as su?
- Je sais pas. C'était horrible, j'avais mal au ventre, et... C'était comme une impulsion, il fallait que je vienne ici. Je l'ai senti.
- Et t'es venu avec un flexible de douche.
- Il a bien servi, n'empêche.
- Oui. Vraiment.
Et là, Tom me prend dans ses bras, et pose sa tête contre mon ventre, ce qui est un peu dangereux, vu que nous sommes tous les deux tout nu. Je pose ma main sur ses dreads et le caresse doucement. J'y prends goût, j'ai envie de jouer avec, je les prends, les tortille, je lui caresse les épaules avec. Tom se marre.
- Oh, Bill...
il me caresse, dans le dos seulement, il n'ira pas plus bas. Je le repousse doucement, j'ai peur, je ne me sens pas de taille à lui déclarer ma flamme, là, maintenant.
- Tom, je devrais retourner dans ma chambre. J'ai peur de faire une bêtise.
Il me laisse partir, mais au dernier moment, j'entends
- Attends, Bill, tu ne vas pas partir comme ça?
Oh, c'est gentil, ça... Voudrait-il me garder auprès de lui?
- T'as conscience que je suis tout nu?
- Bah oui, c'est pour ça!
Eh ben, je me suis bien trompé sur ce coup là. Il ne veut pas me garder, il veut m'empêcher de me retrouver dans le couloir la bite à l'air.
Le voilà qui fouille dans ses placards.
- Attends, je vais te prêter quelque chose.
- Ouais, donne moi une serviette, ou quelque chose, qu'on en finisse.
- Pourquoi tu dis ça?
- Oh, pour rien. Je croyais que tu disais "tu ne vas pas partir comme ça" pour que je reste.
Il ne répond pas, il enfile rapidement un caleçon, et me tend un de ses boxers, un noir. Je l'enfile, sans un mot. Bon, ben maintenant que je suis décent, je me casse. Je sais pas comment on en est arrivé là, mais on va se quitter sur un bonne nuit plutôt froid.
- Bon, bonne nuit Tom. A demain. Essaie de te surélever pour dormir.
J'ai la main sur la porte, et tout à coup:
- Bill, arrête. Je...
Je m'arrête, en effet. Je ne me retourne pas tout de suite.
- Je ne voulais pas que tu partes.
J'ai envie de sourire mais je me retiens, je ne veux pas qu'il voit la joie m'envahir, je ne veux pas qu'il le voie, pas tout de suite, mes jambes tremblent malgré moi.
- Bill, s'il te plaît. Reste un peu avec moi.
Sans un bruit, il s'est glissé derrière moi, et il se plaque contre mon dos, il ramène ses mains sur mon torse.
- Oh, Tom...
Cela m'a échappé, ce gémissement. Je me retourne, je ne tiens plus, je l'embrasse à pleine bouche avec les bras passés par dessus ses épaules, je sens ses mains sur mes fesses, il me caresse doucement, quelques secondes plus tôt je n'aurais jamais imaginé ça.
Fin du POV Bill
Tom, d'un revers de main, pousse le verrou de la porte, pendant que Bill l'embrasse. Il lui caresse doucement le dos, les fesses, tout ce qui lui passe sous la main.
Leurs lèvres se séparent.
- Bill, pourquoi t'allais partir?
- Parce que je croyais que tu ne voulais plus de moi.
- Tu crois que j'aurais posé ma tête contre ton ventre si je ne voulais pas de toi?
- Ecoute, ne parlons plus de cela. D'accord?
- Ouais. Agissons plutôt.
Tom prit Bill par la main et le conduisit jusqu'au lit. Il le fit asseoir, puis saisit ses jambes pour le faire basculer et l'allonger dans le lit. Puis il se glissa, tout contre lui. D'un seul mouvement, il le caresse sur toute la longueur de son corps, il part de l'épaule, la poitrine, le ventre, le renflement du boxer qui a tendance à durcir, la cuisse frêle. Bill le prend par les hanches et se colle contre lui, il se tortille pour le caresser de tout son corps. La main de Bill glisse des hanches vers le sexe, qu'il commence à caresser du bout des doigts. Tom, surpris, ne sait d'abord que faire, puis il se colle à Bill, ils sont face à face, chacun respire l'haleine de l'autre, Tom recommence à caresser les fesses de Bill, lentement d'abord, de plus en plus insistant, appuyant bien, au travers du boxer, sur la raie qui les sépare, descendant, peu à peu vers l'entrejambe. Les caresses de Bill se font de plus en plus précises, la jouissance se fait de plus en plus forte, à un moment même Bill l'empoigne carrément au travers du tissu du caleçon et le serre un peu l'étrangle, les gémissements préludes à l'orgasme meurent sur les lèvres de Tom.
- Bill, attends.
- J'ai fait quelque chose qui te plaît pas?
- Non, mais je veux que tu jouisses aussi. Viens, laisse toi faire
Tom posa la main sur le boxer maintenant tendu à l'extrême, mais il se ravisa, se positionna, et se mit à embrasser le sexe de Bill, toujours protégé par le fin tissu, frotta son visage tout contre, tout doucement, il le masturbait dans l'odeur de la sueur, dans l'odeur du stupre, dans le triangle interdit de la verge érigée.
Bill commença à se tortiller de plaisir, il se mordit même le point pour ne pas gémir trop bruyamment. Tom était à quatre pattes, le cul tourné vers Bill. Ce dernier en profita pour tendre la main vers le sexe de Tom, bien offert entre les jambes écartées, il reprit ses caresses, de plus en plus fort, Tom accéléra aussi le mouvement, et brusquement, il se sentit fondre entre les doigts de Bill, et dans le même temps, il crut entendre une petite explosion et sentit contre sa peau une humidité suspecte qui imprégnait le boxer.
Hors de souffle, il eut à peine la force de se remettre dans le bon sens pour s'étendre à côté de Bill.
- Pfouuuuuu... soupira Tom.
- Ouais, comme tu dis.
- C'était bon, hein?
- Délicieux. Tom, je n'avais jamais joui, avant.
- Non?
- Je te jure.
- Tu ne t'es jamais masturbé?
- Jamais.
- Mais comment ça se fait?
- Oh, écoute. Je ne veux pas en parler. Mais c'est juste que...
- Non, n'en parle pas si tu ne veux pas. Je suis content que ce soit la première fois... Avec moi.
- Tu as déjà connu avec un autre homme?
- Non. Que des filles. Les filles de St Andrews.
- Tu vois, pour toi aussi, c'était la première fois.
Tom ne répondit pas, et se serra un peu plus contre Bill, qui posa simplement sa tête sur son épaule.
- Bill, tu veux dormir ici cette nuit?
- Oh oui...
- Si tu veux te changer, je peux te donner un autre boxer.
- Je voudrais me laver, aussi.
- Ouais, tu as raison, moi aussi.
Ils se levèrent en même temps, mais la salle de bain était trop petite pour qu'ils ne s'y frôlent pas. Cela les fit rire, ils finirent par se laver mutuellement.
Ensuite, Tom prit deux boxers dans un tiroir et en tendit un à Bill. Ils commençaient vraiment à ressentir la fatigue, sans parler du contrecoup de l'orgasme, le lit les appelait comme une sirène.
Bill était déjà dedans quand on frappa à la porte.
- Tom, vous pouvez ouvrir? C'est Hagen.
Tom et Bill échangèrent un sourire et Bill rabattit le drap sur sa tête, pendant que Tom allait ouvrir. Vu comment la pièce était agencée, normalement, elle ne devait pas le voir.
Tom alla ouvrir en riant.
- "Hagen"?
- Bah quoi, fit ladite Hagen, c'est comme ça que je m'appelle.
- Non, mais ce sont les garçons qui s'appellent par leur nom de famille. Pour vous, on dit Mlle Hagen. Non?
- Bah, j'ai pris l'habitude de me prendre pour un garçon. Vous allez bien?
- Oui oui, ça va.
- Les deux comiques sont à l'infirmerie, le proviseur statuera de leur sort demain.
- Vous leur avez démonté la tête?
- Non, c'est la règle ici, quand on perturbe l'ordre la nuit, on est conduit à l'infirmerie. Pour pas que ce soit le chambart toute la nuit.
- Le "chambart"?
- Oui, bon, vous allez pas me reprendre sur toutes mes expressions, non?
- Désolé.
- Et Bill, il va bien?
- Très bien. Pourquoi?
- Pour savoir. Je voulais être sûre que lui et vous n'étiez pas trop bouleversés par cette histoire. Comme la lumière est éteinte chez lui, je suis d'abord passée vous demander, je ne veux pas déranger quelqu'un qui dort.
- Vous êtes adorable. Tout va bien, vraiment.
- Bon. Alors dans ce cas, je ne vous embête pas plus longtemps, et je vais me coucher.
- Bonne nuit mademoiselle.
Mlle Hagen fit un petit signe de tête et disparut dans l'ombre.
Tom alla vers Bill et le lit, mais Bill dormait profondément. Il éteignit la lumière et se glissa sous les couvertures.
Dans son sommeil, Bill se serra contre lui et le prit dans ses bras.