Le prof était lancé dans un long discours passionné sur la littérature médiévale. Sur l'amour courtois du XII° siècle, pour être précis.
Et les élèves de la classe s'endormaient peu à peu.
Le prof: Car l'amour au XII° siècle, est un amour chaste, et le point culminant de la relation amoureuse entre le chevalier et sa dame est de passer la nuit ensemble, dans le même lit, nus, sans que rien ne se passe entre eux.
Sebastian, assis à côté de Gustav, murmurant: Hey, tu crois que c'est vrai?
Gustav, qui écrit comme un con le prénom de Georg dans toutes les tailles et écritures sur une page de son cahier: Mmh? Oh, je sais pas, j'y étais pas. Mais s'il le dit...
Le prof, pas content: Si je vous le dis, c'est que c'est vrai!
Gustav: Ben ça c'est de l'argument dites donc...
Le prof: Non mais je rêve! J'ai fait des études, moi, mon petit monsieur, ce cours a été travaillé, et...
Et ça y est, il était parti. Il avait eu énormément de mal à obtenir ses diplômes, et la moindre remarque était pour lui comme la remise en cause de sa vie entière. L'avantage, c'est que ça lui prenait un quart d'heure à raconter sa vie et pendant ce temps là, les élèves récupéraient. Non parce que la littérature médiévale, c'est duraille.
Sebastian: ça va Gustav? Tu patientes?
Il parlait du mariage, évidemment, qui approchait à grands pas.
Gustav: Pas terrible. Hier, comme c'était le week end je suis allé chez mes vieux. Ma soeur m'emmène au supermarché, j'ai chialé parce qu'il passait Still Loving you des Scorpions.
Sebastian: Dur.
Gustav: Oui. Enfin, ma soeur a arrêté de faire chier parce que je me marie avec un mec. Elle dit que je suis trop jeune mais elle va bien vouloir faire partie des demoiselles d'honneur.
Sebastian: C'est Mlle Hagen qui va être contente...
Gustav: Quel rapport avec Mlle Hagen?
Sebastian: Rien. Rien du tout. Aucun rapport.
Un silence. Le prof passe près d'eux en faisant de grands moulinets avec les bras. Puis Sebastian se penche de nouveau vers Gustav.
Sebastian: ça te tenterait de le faire, passer la nuit à poil avec Georg sans rien faire, quand vous serez mariés?
Gustav: Tu rigoles j'espère?
Sebastian: Non pourquoi? Enfin, l'idée se défend.
Gustav: L'idée se défend mon cul. D'ailleurs Georg avait une idée encore pire, abstinence totale jusqu'au mariage.
Sebastian: Ouch.
Gustav: Ouais, pour, je cite "rajouter du piment à notre vie sexuelle". Non mais je te jure
Sebastian: Et comment t'as fait pour lui faire changer d'avis?
Gustav: J'ai plus d'un tour dans mon sac, t'inquiète pas.
Sebastian: Non, mais concrètement, raconte! Je te préviens niveau potin je suis une vraie gonzesse!
Gustav: ...
Sebastian: Oui bon façon de parler.
Gustav: Ben je me suis ramené sous un imper, j'ai mis de la musique et j'ai fait un strip. Dessous, j'étais en lapin. Avec un boxer en latex, des chaussons en fourrure blanche et des oreilles.
Sebastian: Bah putain...
Minute de réflexion. Puis:
Sebastian: Tu sais Gustav, je suis hétéro mais j'aimerais vraiment trouver une fille qui te ressemble.
Gustav, complètement ahuri et très ému à la fois: Ah bon? Pourquoi?
Sebastian: Parce que quand tu aimes, c'est passionnément. Et puis, tu es toujours prêt à te battre pour ce que tu veux. Et pour toi, un couple, ça veut vraiment dire quelque chose, dans les bons comme dans les mauvais moments. Non, sincèrement, je voudrais une fille comme toi... Gustav? Mais pourquoi tu pleures?
Gustav pleurait parce qu'il était ému. Le problème était que ça lui arrivait un peu trop souvent, à mesure que le mariage approchait. Georg avait promis d'exploser les parties pré- natales de quiconque ferait pleurer Gustav, mais il n'était pas capable de voir que Gustav se faisait pleurer tout seul.
Le prof: Sebastian, pourquoi vous faites pleurer Gustav?
Sebastian: Ah non! Je proteste, j'ai rien fait.
Le prof: Et Gustav n'est pas en train de pleurer, c'est ça?
Gustav: N- non m-m-mais c'est pas s-s-sa faute... C'est l'émotion... sniiiif...
Sebastina: HA! Vous voyez, c'est pas moi.
Le prof, qui a aussi pris des cours du soir de psychologie: Qu'est-ce qu'il y a, Gustav? Vous voulez parler?
Gustav: Non, j'aimerais mieux un câlin... Mais vous êtes pas qualifié pour ça.
Le prof: Vous ne pouvez pas vous passer de votre... euh... fiancé une petite heure?
Gustav: Mais non, quand je suis triste c'est Bill qui me fait un câlin.
Arno: Et Tom laisse faire?
Gustav: Non, il se dispute avec Georg pour savoir qui de Bill ou moi est la plus allumeuse, ensuite Mlle Hagen arrive pour nous demander si on est à notre max ou si on pourrait être encore plus chiants, et Hans dit qu'il va appeler un exorciste. Et là, tout dépend. Soit Bill est d'humeur affectueuse et il va vers Mlle Hagen pour lui faire un câlin à elle aussi et là on lui tombe à tout le dortoir sur elle parce qu'on veut aussi lui faire un câlin.
Le prof: Soit?
Gustav: Hein?
Le prof: Soit quoi? Qu'est-ce qui se passe quand Bill n'est pas d'humeur affectueuse?
Gustav: Mmh? Oh ça, j'en sais rien... C'est encore jamais arrivé!
Dans le dortoir, un dimanche.
Bill, bondissant comme un marsupilami sauf que lui il a pas un prolongement de vertèbres suffisant pour lui constituer la même queue que celle du Marsupilami, traverse le couloir à la rencontre de quelqu'un.
Bill: Mlle Hageeeeeeeeeeen !!!!!!!!!
Mlle Hagen, qui vient de se prendre un Bill en plein torse et qui se sent légèrement étouffée par les bras qu'il a passés autour de son cou: Oui Bill, oui. Je suis là. Calmez vous maintenant.
Bill: Vous m'avez manqué!!!
Mlle Hagen: Mais je suis partie deux heures!
Bill: ça fait quatorze heures en temps canin.
Mlle Hagen: Vous savez qu'en dépit de toutes les bêtises que vous pouvez faire avec Tom vous n'êtes pas un chien?
Bill: Mais avec vous, oui.
Mlle Hagen: Contentez vous d'être mon filleul. Parce que bientôt vous allez vous rouler par terre en hurlant So messed up, I want you here, in my room, I want you here...
Bill: Now it's gonna be face to face, and I lay right down in m'y favourite place...
Mlle Hagen: Oui, bon. Je suis pas sûre que Tom apprécie. Même si vous chantez admirablement bien.
Bill: En parlant de Tom, pourquoi vous deviendrez pas sa tutrice à lui aussi? Comme ça, on resterait près de vous même après nos études. D'ailleurs vous avez des nouvelles du procès de...
Il n'arrive pasà dire Gnädig. Trop récent, et encore trop douloureux. Mais il a peur que dans la joie générale de mettre enfin cette ordure au trou, on ressorte des dossiers, notamment celui où il y a marqué qu'il a un frère jumeau, que le nom de jeune fille de sa mère c'était Trümper... Et il a peur, aussi, que le temps que Tom a passé à l'institution Saint Andrews à Magdebourg ne ressurgissent, avec exactement les mêmes informations...
Mlle Hagen: Bill, je fais mon possible. Ce serait plus facile avec l'aide de Kristian, mais ce con ne répond plus à mes appels. Je ne l'ai pas vu depuis mon anniversaire ou presque, je l'ai à peine eu au téléphone et sur msn, en gros il m'envoie juste la portion congrue pour que je ne m'inquiète pas.
Bill: Il a pas dit qu'il viendrait au mariage?
Mlle Hagen: Si. Il a même appelé pour savoir s'il pouvait venir dans une tenue spéciale. Mais...
Bill: Mais... rien. Ne vous angoissez pas. Y a plus préoccupant. Gustav est un peu trop émotif et si on trouve pas une solution pour qu'il s'arrête de pleurer, sur les photos de mariage, il aura l'air d'un lapin qui a la mixomatose.
Mlle Hagen: Ma mémé, sur ses photos de mariage, elle a l'air du bourreau de Béthune. Et Pépé il a l'air d'un bouledogue. Alors que j'ai vu des photos de la même époque, Mémé elle ressemblait à Simone Signoret jeune et Pépé à Clint Eastwood. Alors on a fait un photo montage et on a mis ça à la place des photos de mariage.
Bill: Simone Signoret, Clint Eastwood... Ah mais ça vient de là les pommettes relevées et les deux fentes vertes à la place des yeux?
Mlle Hagen explose de rire. Et effectivement, quand elle rit, on ne voit plus ses yeux. moi aussi ça fait ça, eastern Europe ruuuuuuuuules
Mlle Hagen: Oui, bon. Vous avez fait ce que je vous ai demandé?
Bill: Oui, c'est bon on a du lubrifiant maintenant.
Mlle Hagen: Non, c'est pas de ça qe je parlais. Arrêtez de penser uniquement au sexe, bon sang!
Bill: Bah quoi, pas vous?
Mlle Hagen: Franziska m'a plaquée, Jennifer arrive dans deux jours MAIS accompagnée de son mec, vous voulez quoi, que j'explose de frustration???
Bill: Vous étiez amoureuse de Jennifer?
Mlle Hagen: Quand vous la verrez vous comprendrez.
Bill: Oooooooh... Vous voulez un câlin?
Sans attendre de réponse, il la prend dans ses bras. Il a encore grandi. Quand elle l'a connu, il était encore tout petit, elle pouvait le porter sur un seul bras. Il était tellement maigre...
Bill: Sinon, j'ai repris la chemise de Gustav pour le mariage, et aussi le gilet, en fait c'était la bonne taille mais comme il est cambré les pinces dans le dos bah forcément ça tire sur le ventre, donc il a arrêté sa grève de la faim.
Mlle Hagen: Voilà, c'était ça que je voulais savoir, pas si vous aviez du lubrifiant.
Bill: Et après je suis allé à la pharmacie pendant que Tom se rasait les jambes, on a fait l'amour et c'était bien.
Mlle Hagen: Bill?
Bill: Ok j'arrête.
Mlle Hagen: Je vous jure que je fais ce que je peux pour pouvoir être responsable de Tom aussi. Mais l'argument majeur que j'aie pour ça, pour le moment, c'est que vous êtes jumeaux. Seulement je ne suis pas sûre que vous soyez prêts à ce que ce soit révéler au grand jour.
Bill: Bah bizarrement, ça ne me dérange pas.
Mlle Hagen: Et Tom? Vous croyez qu'il va bien le vivre?
Bill: Tom ne rêve que d'une chose, s'appeler comme moi. Si le fait qu'on soit frères n'est pas reconnu, on se mariera.
Mlle Hagen: Sauf qu'au moment où vous ferez une demande, on ressortira les vieux dossiers, on révèlera que deux jumeaux ont voulu se marier, et pire que vous êtes des frères incestueux, vous voulez vraiment ça?
Bill: Mais NOUS SOMMES des frères incestueux. Vous le savez très bien, vous entendez tout, avec vos oreilles de chauve souris...
Mlle Hagen: J'entends moins bien depuis que j'y vois. Mais c'est pas moi le problème. Le problème, c'est que Tokio Hotel commence à être connu, qu'on commence à parler de vous, et que si vous tenez absolument à ce que ça marche...
Bill: Oh oui!
Mlle Hagen: Alors il faut être prudent. Alors il ne faut surtout pas donner aux autres l'occasion de vous démolir. Parce que de toute façon ils le feront. Autant que ce soit sans votre aide.
Bill ne répondit pas. Il réfléchissait. C'était vrai, elle avait raison la bougresse. Le plus simple était encore de révéler leur fraternité. Pour le reste, il ferait comme d'habitude, mais en cachette. Et si Tom voulait devenir une femme... Il se cacherait de ça aussi.
Car Bill venait de comprendre une chose très importante. Il ne lui suffisait plus d'être avec Tom. Il fallait encore être heureux avec lui, envers et contre tout. Et être libre.
Mlle Hagen s'éloignait vers sa chambre, pendant qu'il réfléchissait, après lui avoir caressé la joue. Il la regarda marcher. A vingt quatre ans, elle était déjà la "mère" de deux imbéciles de quinze ans. Fallait le faire.
Bill: Mlle Hagen?
Mlle Hagen: Oui?
Bill: Merci...
Quelques jours plus tard
Bill et Georg sont tous les deux devant la chambre de Mlle Hagen. Il est six heures du matin, mais ils ont quelque chose de très urgent à lui dire.
Sauf que Mlle Hagen, qui commence à reprendre un rythme de vie normal, c'est à dire, par exemple, dormir la nuit, et manger quand elle a faim, à six heures du matin, elle dort.
Bill: Qu'est-ce qu'on fait, on frappe?
Georg: Non, on reste plantés comme des courges!
Bill: Mais quoi?
Georg: Evidemment qu'on frappe, pourquoi on se serait levés sinon?
Bill: Bah pourquoi tu frappes pas?
Georg: Parce que je... Oh et puis tu m'emmerdes. Je frappe.
Bill: Merci.
Georg frappe. Ils entendent un peu de remue ménage, un, "pousse toi Betty", un miaulement intempestif, un "mais moi aussi je t'aime mon chaton d'amour", et enfin, la porte s'ouvre.
La porte s'ouvre sur une Gloria Hagen prise au réveil, c'est à dire encore complètement dans le coltar.
Ses anglaises ont l'air dressées pratiquement tout droit sur sa tête, on dirait un des Jackson Five. Sauf qu'elle est carrément pas en état de leur chanter I want you back. Ses yeux sont encore moins ouverts que d'habitude et elle baille à s'en décrocher la mâchoire.
Mlle Hagen: Oooh... bonjour les ptits. Y a un problème? Entrez, restez pas là...
"les ptits" sachant que même Georg est plus grand qu'elle... Enfin ils mettent ça sur le compte du sommeil. Ils entrent, dans la chambre. Betty, tranquille, s'est roulée en boule sur l'oreiller de sa maîtresse.
Bill: On vous dérange?
Mlle Hagen: Meuh non. Je suis là pour ça. Alors, c'est quoi le souci?
Georg: Y a Gustav qui pleure tout le temps, pour un rien.
Bill: Et y a Tom qui a des nausées limite tous les matins, c'est angoissant.
Mlle Hagen: Ah ouais, quand même. Vous attaquez tôt le matin, vous.
Bill: moi personnellement je serais venu beaucoup plus tôt mais j'avais pas envie de vous réveiller.
Georg: Pareil.
Mlle Hagen: Bon, pourquoi il pleure, Gustav? On va commencer par ça.
Georg: Bah, dès que je dis "mariage" ou même hier soir il a sorti mon costume pour lui refiler un dernier coup de brosse avant de le mettre dans sa housse, et vlan, les grandes eaux.
Mlle Hagen: Ben déjà c'est cool qu'il ne se maquille pas.
Bill: Moi par contre j'ai acheté du waterproof, parce que je vais pas tenir toute la journée sans pleurer.
Georg: Ok... J'irais à la superette racheter des kleenex alors... Mais si vous pouviez trouver une solution. Non parce que comme je lui ai dit y a deux jours, on dirait vraiment qu'il est malheureux à l'idée de m'épouser.
Bill: Il a dû bien le prendre...
Georg: Il a passé la nuit à me dire que j'étais méchant.
Mlle Hagen: En même temps, il est hypersensible et vous lui dites ça...
Bill: Oh non mais il a fait mieux, il l'a traité de grosse dinde une fois.
Georg: Bon, ça ira, oui? Tu vas me le reprocher combien de temps?
Bill: On ne dit pas aux personnes un peu enveloppées qu'elles sont grosses, c'est tout. Est-ce que moi je vais appeler Tom "mon petit squelette"? Non? Bah voilà. Je le garde pour moi.
Mlle Hagen: En même temps, je vous rappelle que vous pesez trois kilos de moins que lui, vous auriez l'air fin.
Georg: Et puis j'aime Gustav comme il est, oui il est bien en chair, et alors??? s'il perdait du poids je m'en remettrais jamais.
Mlle Hagen: Bon, et Tom?
Bill: Ben je comprends pas. On mange exactement la même chose, il me dit qu'il va bien, qu'il est pas stressé ou angoissé, enfin pas plus que d'habitude, et pourtant, tous les matins ou presque, au réveil, il a des nausées.
Mlle Hagen baille encore, et se décide à sortir de sa chambre. Bill va faire un mourou-mourou à Betty, laquelle, lui balance un coup de patte avant de se rendormir.
Mlle Hagen commence par la chambre de Georg et Gustav. Sauf que six heures du matin égale tête dans le cul égale Gloria ouvre la porte de la chambre de Friedrich.
Mlle Hagen: Putain ça sent le fauve là dedans...
Georg: Mais qu'est-ce que vous faites???
Bill: La chambre du couple de l'année c'est à côté...
Mlle Hagen: Oh, m*********rde !!! Non non Friedrich, ne vous réveillez pas, dormez, je vous expliquerais après!!!
Elle referme précipitamment et se retourne vers les garçons.
Mlle Hagen: Wouh punaise, l'angoisse!!!
Georg: Ah, ça... Une fois Friedrich a fait la grève de la douche pendant dix jours. On a souffert.
Mlle Hagen: Non mais je l'aime bien, Friedrich... Mais une fois il m'a raconté qu'il avait rêvé de moi une nuit. Nous étions dans un film porno et lui il faisait le plombier, et moi la conne blonde avec les obus qui a une grooosse fuite...
Bill: Il aurait pu s'abstenir de vous le raconter...
Georg: Ah non mais là... Con à ce point c'est niveau tournois, quand même.
Mlle Hagen: Bon, ce coup là, c'est la bonne.
Et elle rentre, enfin, dans la bonne chambre. Gustav, déjà réveillé et bien actif, sortait juste de la douche, une serviette autour de la taille. Très courte, la serviette.
Georg resta bloqué quelques secondes jusqu'à ce que Bill lui envoie un coup de coudes dans les côtes.
Gustav: Y a un souci?
Mlle Hagen: Imaginez vous que votre futur s'inquiète, parce que... Non, c'est pas vrai, mais pourquoi vous pleurez?
Georg: Parce que vous avez dit "votre futur"...
Mlle Hagen, prenant Gustav dans ses bras: Bon, d'accord, Gustav, calmez vous... Ce soir, nous allons regarder toutes les comédies romantiques les plus gnangnan qui existent. Comme ça, vous aurez fait le tour, et le jour J, vous irez mieux!
Gustav: Vous croyez que ça va marcher?
Mlle Hagen: Bah si ça marche pas on est pas dans la merde...
Gustav: Ma soeur dit aussi que je devrais prendre des calmants.
Mlle Hagen: Pourquoi? Vous n'avez pas un comportement anormal! Vous êtes hypersensible, c'est pas en vous droguant qu'on va changer quelque chose!
Bill: Non pis les calmants... Moi qui ait quand même un peu expérimenté le truc, je vois pas l'intérêt de changer Gustav en légume!
Georg, qui bave pour cause de serviette éponge trop courte: Une carotte...
Mlle Hagen étouffa un rire, mais Gustav, qui avait lui aussi compris le sous entendu dans la phrase de Georg, cessa subitement de pleurer pour le regarder avec un air très sérieux:
Gustav: Une carotte, non mais... Sache que je m'auto classe dans la catégorie concombre!!!
Cette fois c'est fini, Mlle Hagen explose de rire. Elle est obligée de se détacher de Gustav qu'elle tenait dans ses bras et elle rit à s'étouffer. Et Bill, de la voir rire, ça le fait rire aussi. Et du coup, il arrête de penser à l'hôpital. Georg, lui, s'est rapproché de son gros nounours et lui passe la main dans les cheveux.
Quand Mlle Hagen s'est un peu calmée, on peut repasser aux choses sérieuses.
Georg a de plus en plus envie de faire un câlin cochon avec son nounours et de lui enlever cette putain de serviette, Bill en profite pour traîner Mlle Hagen jusqu'à sa chambre.
Là, c'est autre chose. Au moment où ils entrent, Tom, en caleçon, sort des toilettes, la main sur la bouche, blanc comme un linge. Des larmes roulent sur ses joues. Il peine à mettre un pied devant l'autre. Bill et Mlle Hagen se précipitent pour le rattraper et l'allonger sur le lit.
Bill lui caresse gentiment les cheveux pendant que Mlle Hagen glisse une main sur le ventre de Tom et lui palpe doucement l'estomac. Comme d'habitude, au premier contact elle sent ses muscles abdominaux se crisper mais peu à peu il se détend.
Mlle Hagen: Vous avez mal, quand j'appuie là?
Tom: Mais non, et c'est ça que je ne comprends pas. J'ai même pas mal au ventre, j'ai pas la sensation de pas digérer un truc, hier soir j'ai mangé des carottes, si y a un truc qui se digère, c'est ça!
Bill: On a fait plein de plaisanteries débiles là dessus, même...
Mlle Hagen continue de lui palper le ventre, elle sourit pour les rassurer mais elle a l'air soucieuse.
Mlle Hagen: Bon, on va essayer un truc... Bill, si vous pouviez aller lui chercher un jus d'orange au distributeur... Demain matin j'essaierais de vous faire du thé au gingembre. Mais je ne garantis pas le résultat.
Tom, alors que Bill vient de bondir hors de la chambre: Non mais c'est gentil d'essayer déjà.
Mlle Hagen lui prend la main.
Tom: On vous en cause, du souci, hein?
Mlle Hagen: Ecoutez, je n'ai encore récupéré aucun d'entre vous au commissariat, personne n'est mort, bon, à part quand on vous a enlevé où là je crois que ceux qui nous poursuivaient ne sont pas sorti dans un très bel état de leur rencontre avec un pylône, mais là c'était pas ma faute et j'avoue, c'était rock 'n roll.
Tom: Moi aussi, je me suis bien marré ce jour là. C'était un peu douloureux, mais au final j'en garde un bon souvenir. Au fait, est-ce que Lolita va venir pour le mariage?
Mlle Hagen: Oui, bien sûr! Elle m'a téléphoné l'autre soir, elle va voir sa grand mère à Potsdam et ensuite elle vient ici. Et je suppose que Kristian va venir aussi, mais avec lui, c'est jamais sûr.
Bill rentra dans la chambre, un verre de jus d'orange à la main, et il ne peut pas s'empêcher de sourire bêtement.
Tom: T'as l'air bien couillon pour quelqu'un qui vient de chercher du jus d'orange...
Bill: Non, mais c'est parce que y a trois personnes qui viennent d'arriver, et qui vous demandent, Mlle Hagen... Deux espèces de lolitas gothiques genre moi mais métisses, alors que moi je suis une face de bidet, et un troisième loulou genre gueule de chat genre vêtements sac à patate, genre Tom mais version métisse aussi.
Mlle Hagen bondit sur ses pieds, toute contente. Forcément, il ne peut s'agir que des filles des Fallen Angels et de Dreux, le mec de Jennifer, ses anciens élèves, en somme. La première classe qu'elle a eue quand elle a commencé à enseigner. Elle cavale hors de la chambre et tout ce que Bill et Tom entendent ensuite, ce sont des hurlements de joie et des glapissements hystériques, comme les filles savent faire quand elles se retrouvent. Après tout, Mlle Hagen n'avait que trois ans de plus que Jennifer et Christelle, et juste deux de plus que Dreux.
Tom termine son jus d'orange et ils vont voir. Georg et Gustav sont sortis eux aussi, elles font tellement de bordel, aussi, que forcément, on va voir. Dreux essaie de garder son calme, il vient de rouler toute la nuit, Cologne- Berlin c'est pas la porte à côté, pendant que les deux filles roupillaient sur la banquette arrière, et lui il se faisait draguer par des camioneurs dans les stations service, putain.
Pour résumer, Mlle Hagen a une fille sous chaque bras, Jennifer et Christelle parlent en même temps qu'elle, mais elles ont l'air de se comprendre, c'est marrant. On dirait un cérémonial de reconnaissance dans une tribu amazonienne.
Finalement, Mlle Hagen se rend compte que tout le monde la regarde mais elle en a rien à battre, elle sourit à ses élèves comme une débile.
Mlle Hagen: Bon, les jeunes, je vous présente. Ces filles font partie des Fallen Angels, ici Jennifer, dis bonjour Nyny.
Jennifer: Hallooooo !!!
Mlle Hagen: Et Christelle, à ma droite. Dis bonjour Tételle.
Christelle: Euh... Bah salut.
Mlle Hagen: Et là nous avons le compagnon de Jennifer, Dreux.
Dreux: Lequel, après 800 kilomètres dans les pattes, aurait aimé un câlin, lui aussi... Bonjour tout le monde.
Mlle Hagen, lui sautant au cou façon énorme câlin: Ooooooooh... Je suis désolée !!!
Et quand elle a finit:
Mlle Hagen: Et là, mes supers élèves d'amour: Georg, Gustav, Bill, Tom, Allen, Friedrich, Hans, Cole...
Bref, des présentations banales à n'en plus finir. Jusqu'à ce que Dreux exprime le fait qu'il avait faim et qu'il y en avait marre des papouilles si on ne lui filait pas à bouffer tout de suite. Et il trouva chez Gustav un écho à sa requête.
Ellipse de quelques heures
On est vendredi soir, le mariage est prévu pour le premier jour des vacances de Noël, qui tombe un lundi. Ceux qui peuvent rentrer chez leurs parents y vont mais juste pour le week end, le lundi, ils ont promis de revenir pour assister au mariage des deux loulous. Sauf ce qui n'admettent pas bien l'idée, comme Hans. Mais Hans a le bon goût de fermer sa gueule à se propos.
Mlle Hagen a refilé un dernier test aux dernières années - la classe de Georg, ça allait que Gustav lui avait promis un strip- tease s'il obtenait la meilleure note - pour gagner deux heures et pouvoir... faire des crêpes. Une lubie. Une furieuse envie irrépressible, sauf que c'était pas la sienne, mais celle de Tom. Il avait été chiant comme jamais et il avait même usé de ses charmes pour que Bill sorte dans le froid et la neige acheter du Nutella. Et il avait bénéficié du soutien psychologique de Christelle et Jennifer, et aussi Hannah, qui venait d'arriver, et qui en voulait aussi.
Juste, Jennifer demanda également des chouquettes.
Bill: Des chouquettes à Berlin... Mais ouais, je balance une pierre dans la Spree, il en remonte des quintaux!
Jennifer: Oh, allez, ça doit pas être si compliqué...
Mlle Hagen: Non, juste vous sortez de Berlin Est, au nord de la AlexanderPlatz, et hop. En fait, non, après, vous remontez la KnackStrasse derrière l'usine abandonnée, en face du cimetière juif. Et la boulangerie qui fait des chouquettes, elle est derrière la NicolaïKirsche.
Bill: Le cimetière juif c'est pas là où j'ai emmené Mémé l'autre fois?
Mlle Hagen: Si, c'est là.
Jennifer: Alors vous, vous me tuerez toujours avec vos indications. Une fois, et là elle s'adresse aux autres personnes présentes je devais retrouver une fille à la gare sur ses indications, je vous fais le truc "alors tu cherches une fille, châtain clair, les traits mous genre pas sportive mais pas grosse, et l'air déprimé genre chafouin". Et démerde toi avec ça.
Dreux: Ouais, parce que toi t'es mieux quand tu m'indiques le chemin quand on roule. "A droite! A droite! Mais pourquoi tu tournes pas à droite??? Mais si, y a une sortie à droite, c'est là !!! Comment ça, "ça c'est à gauche"???"
Jennifer: Oh, ça va hein.
Christelle: Ouais, t'étais bien content qu'on soit là quand un camionneur de 150 kilos avec une grosse moustache essayait de te peloter derrière la pompe à essence.
Dreux: On avait dit qu'on en parlerait plus, de ça, espèce de salopes!
Bill: Bon... ben sur ces bonnes paroles, je vais aller me les geler jusqu'à la Nicolaï Kirsche...
Tom: Bon courage mon ptit pingouin !!!
Bill: Parce qu'évidemment, tu viens pas avec moi, toi.
Tom: T'es fou, il fait bien trop froid, dehors!
Bill: t'as intérêt à être chaud à mon retour... Parce que putain, faut que je t'aime pour aller te chercher du Nutella par moins quinze.
Jennifer: Et des chouquettes, aussi...
Bill soupire et se casse.
Re- ellipse de deux heures
Quand Bill revient, il est bleu. A cause du froid, déjà, et à cause de la vingtaine de fois où il s'est pété la gueule en glissant sur du verglas. Juste en repassant devant la Nicolaï Kirsche, distrait par les décos de Noël, c'est un couple de petits vieux qui revenaient, eux aussi, de la boulangerie, qui l'ont ramassé. Il avait pas l'air con.
Mais bon, les hurlements de joie face au pot de Nutella de cinq kilos, ça sert de consolation. Et aussi, les bondissements de joie de Jennifer devant ses chouquettes, ça fait toujours plaisir.
Jennifer: Ooooh, des chouquettes plates en plus! J'en avais jamais vu avant!!! C'est ça des chouquettes de Berlin?
Bill: Non, c'est des chouquettes Bill-est-tombé-dessus.
Christelle: C'que t'es con, ma grande...
Jennifer: Toi j'te merde... Gloumpf.
Dreux: Et je suppose que même être ton amoureux d'amour, ton nounours des îles et ton petit caramel mou pas toujours mou ça donne pas droit d'en avoir une?
Jennifer: NAN! C'est MES chouquettes achetées pour moi par mon super pote.
Christelle: Super pote que tu connais depuis deux heures, espèce de traînée, va!
Jennifer: Ta gueule et mange tes crêpes, mon amour!
Pendant le même temps, Mlle Hagen étale du Nutella sur ses crêpes.
Hannah, une crêpe à la main mais elle attend que tout le monde soit servi pour la bouffer, elle est polie: Ah, mais je suis con, j'aurais dû te demander de ramener de la glace à la pistache, Bill.
Bill: Ouais ben je vous préviens je ressors pas!
Tom: Oui parce qu'il va finir par être hors d'usage mon ptit glaçon !!!
Bill: Si t'avais pas les mains chaudes je t'aurais déjà viré de mon caleçon, il faut que tu le saches.
Hannah: N'empêche, elle se serait bien conservée.
Mlle Hagen: Ah ouais pis c'est bon la glace à la pistache.
Bill: Non, mais cherchez pas, je retourne pas dehors avant la fonte des neiges. Parce que la neige, ça amortit pas les chocs!
Tom: T'es tombé?
Jennifer: Il est tombé sur mes chouquettes! Il suit pas la conversation le ptit?
Georg, resté silencieux jusque là, explose de rire. Quand à Gustav, il n'écoute rien, il coupe des rondelles de banane pour mettre dans les crêpes. Pendant ce temps, Hannah fait mumuse avec les vermicelles de couleur et le flacon de caramel fondu.
D'ailleurs, Gustav est tellement bandant avec ses bananes que Georg se sent des pulsions lubriques.
Hannah: Hé, y aurait pas de la crème Chantilly?
Mlle Hagen: Euh... Faut que je réfléchisse...
Georg: J'en fais quand je veux...
Là, Dreux, Jennifer, Christelle, Gustav, Bill, et Tom, qui sont des pervers accomplis, comprennent ce qu'il veut dire et explose de rire. Mlle Hagen, qui a parfois du retard quand il s'agit de faire des associations d'idées, le prend au pied de la lettre.
Mlle Hagen: Ah bon? Vous savez en faire? Depuis quand?
Georg: Bah... C'est un peu venu avec la puberté...
Mlle Hagen: Hein?
Bill: Essayez de comprendre toute seule, parce que je me sens pas d'expliquer... Hihihi !!!
Mlle Hagen: Oh... ça y est... J'ai compris. Vous êtes vraiment des obsédés!
Gustav: Là, faut admettre...
Ensuite de quoi, leurs crêpes à la main, ils retournent tous dans la pièce qui sert vaguement de foyer, avec une télé. C'est une soirée "film romantique" pour que Gustav épuise son stock de sensibleries avant son mariage.
Quand Bill est revenu, ils en étaient à regarder Sur la route de Madison, et Mlle Hagen redémarre le film, après la pause fabrication des crêpes, au moment où Meryl Streep et Clint Eastwood voient leur dernière journée à passer ensemble gâchée par la grosse conne de voisine qui vient faire chier.
Et dans une des dernières scènes, quand Clint Eastwood suspend à son rétroviseur la petite chaîne que Meryl Streep lui a donnée, pour lui faire comprendre que c'est sa dernière chance, qu'après il va partir, que c'est sa dernière chance de le rejoindre mais qu'elle ne peut pas, parce qu'elle est enchaînée à son mari, à ses gosses, à sa putain de vie de femme au foyer, tout le monde est d'équerre, et ça chiale.
Tom tient Bill dans ses bras pour le réchauffer et lui bouffer sa crêpe, Georg a le bras passé autour des épaules de Gustav, lequel a également ses jambes sur les genoux de Georg, Hannah s'est calée contre Mlle Hagen genre gros chaton, Jennifer fait dans le vautrage, moitié sur Christelle moitié sur Dreux.
Et quand ils ont fini avec Sur la route de Madison, ils continuent sévère avec Raisons et sentiments.
Mais ça à l'air de marcher, Gustav arrive à se contrôler de mieux en mieux.
Par contre, pour la frange la plus blasée des personnes présentes, à savoir Dreux, Georg, Bill, et Mlle Hagen, ça se passe pas super bien.
Dreux: Putain, mais pourquoi il a fallu qu'on arrive le soir des films cucu?
Jennifer, avant d'exploser de rire: Je rêve ou tu viens de dire "double fesses"? Mouah ah ah!!!
Bill: Franchement, je préfèrerais carrément un film de cul...
Tom: Promis, on en tourne un ce soir! Mais sans caméra. Et avec juste nous dans le casting. ça ira?
Bill: C'est jouable.
Georg: Oh, un peu d'abnégation, les mecs. On fait ça pour Gustav!
Gustav: Merci mon amour.
Georg: En en plus t'as du caramel fondu au coin de la lèvre... Ooooh...
Bill: Hé, si eux ils s'embrassent, nous on peut s'embrasser aussi?
Hannah: Je peux savoir pourquoi vous parlez SYSTEMATIQUEMENT quand y a Hugh Grant? J'vous signale que Cole et moi on a pas encore passé le stade du main dans la main et du petit bisou, alors si on pouvait me laisser me consoler comme je peux, hein, bon, merci.
Mlle Hagen: Il a quand même une coupe à la con, là...
Hannah: Ouais, mais il est sex.
Mlle Hagen: Pas faux.
Christelle: Eh? Mais vous êtes plus lesbienne?
Mlle Hagen: Si, plus que jamais. Pourquoi?
Jennifer: C'est pas parce qu'elle est lesbos qu'elle regarde pas les hommes. Regarde moi, le nombre de fois que j'ai envie de te sauter dessus, bon ben voilà. Pourtant je suis hétéro.
Dreux: Et elle dit ça devant moi, tranquille...
Jennifer: Bah quoi? avec toi je concrétise...
Bref, une soirée cinéma classique, avec une bande de cons qui vont jusqu'à parler aux acteurs qui jouent dans le film. Et aussi, truc génial, Mlle Hagen qui s'endort, fait des cauchemars, s'agite dans son sommeil et se réveille en braillant le nom de Kristian.
Mlle Hagen: Meuh? J'suis où?
Dreux: Devant The Way we were.. Faites bien d'vous réveiller, y a Streisand qui va bientôt brâmer.
Gustav: Comment tu parles de Barbra, espèce de cuistre?
Georg: Oh non, ça va pas recommencer...
Mlle Hagen: Oh putain... J'ai fait un de ces rêves... Oh la vache... Kristian, il était... Il était devenu... Oh putain !!! Et pis y avait Tom aussi dans mon rêve!
Bill: Ah bon?
Mlle Hagen: Oh putain...
Tom: Non mais il se passait quoi de si terrible dans votre rêve?
Mlle Hagen: Ah non mais rien de grave. Mais putain...
Hannah: Bon, mais alors quoi?
Mlle Hagen: Bah Tom était enceinte.
Stupéfaction. Mlle Hagen a l'air encore dans son rêve, complètement perdue. Après quelques secondes de blanc, on finit par en rire.
Sauf Tom.
Lui, ça ne le fait pas rire.
Et peu à peu, tout le monde se reconcentre sur le film, et on n'y pense plus. Du moins, pas à ça.
Non, parce que le surlendemain, c'était quand même...
LE GRAND JOUR!!!
Tâ tâ taaaaaaaaaa *musique de film*