L'heure du déjeuner arriva, après deux heures d'histoire plutôt barbantes. Dès que la sonnerie retentit, Bill ramassa ses affaires et disparut dans la cour. Tom le chercha du regard, mais, ne le trouvant pas, se dirigea vers le réfectoire, pensant que Bill irait aussi, il fallait bien qu'il mange, lui aussi.
Quelques minutes plus tard, son plateau à la main, Tom scruta l'immense réfectoire. Pas de Bill à l'horizon.
Comme il avançait, il s'entendit appeler par un groupe de garçons de sa classe.
- Hey, l'intello! Tu veux t'asseoir?
- T'as parlé à quelqu'un que je connais?, dit Tom à Hans, qui lui désignait la chaise libre à côté de lui. Mettons les choses au clair. Appelles moi encore une fois intello et ça va chier.
- Ok Tom. Pas de problème.
Les garçons sortirent alors les conneries habituelles des garçons quand ils sont en groupe, à table, et sans surveillance.
Tom ne pouvait s'empêcher de regarder de temps à autre, derrière lui, tout autour, dans la salle. À tel point que ses camarades finirent par s'en rendre compte et par en rire.
- Tu cherches quelqu'un?
- Mmh, non non. Pas du tout.
En réalité, il cherchait Bill, mais il se voyait mal le leur avouer.
Il restait encore une place de libre à côté de lui, et un garçon vint s'y poser d'un pas nonchalant.
- T'es qui toi?, demanda Harry, un des types assit en face.
- Pourquoi, ma présence te pose un problème?
- Normalement, on demande avant de s'asseoir!
- Eh ben tu peux toujours essayer de me virer de là, si le c½ur t'en dit.
L'autre avant lâché ses couverts et regardait Harry bien en face. En même temps, tout le monde pouvait voir qu'il avait des épaules larges de taureaux, des bras épais, et Harry n'était pas du genre courageux. Il la boucla.
L'autre, sans un mot, remit une mèche de ses longs cheveux derrière son oreille et attaqua sa bouffe.
Tom le regarda faire avec un sourire amusé.
- Et sinon, comment tu t'appelles?
- Georg Listing. Et toi?
- Tom.
- Enchanté.
Et Georg lui tendit sa main à serrer. Puis il se remit à manger. Il était poli et tout, mais fallait lui arracher les mots, un à un.
- T'as quel âge?
- Dix huit.
- T'es en dernière année?
- Bingo.
- Pourquoi tu manges dans ce réfectoire alors?
- Parce que je révisais, que j'ai pas vu l'heure passer, et qu'il n'y avait plus de place dans l'autre aile. Et que quand j'ai faim, j'ai faim. Aussi.
Cela, c'était vrai. Quel morfale! Tom, lui, n'avait très vite plus d'appétit. Ce que voyant, Georg se jeta sur ce qui restait dans l'assiette de Tom, après avoir demandé la permission bien sûr.
Harold, assis en face d'eux, fit une réflexion à la con sur le fait que manger trop l'endormait, Georg planta son regard brun sur lui. Nonchalant, mais brun.
- Moi, tout m'endort, quoiqu'il arrive. Alors, manger plus ou moins... D'ailleurs, c'est l'heure de ma sieste.
- Hein?, s'exclamèrent-ils tous.
- Quoi, vous avez jamais fait la sieste?
- Si, la dernière fois, j'avais six ans.
- Eh ben moi, je continue. À plus les jeunes.
Et, sur ses mots, il se tira. En baillant.
De l'autre côté de l'allée centrale, Tom reconnut les trois abrutis qui s'étaient amusés à barbouiller Bill de mascara, tôt le matin. Il demanda à Hans qui ils étaient.
- Mmh, eux, là bas? C'est Stephen, David et Richard. Pourquoi?
- Pourquoi ils ont fait ça à Bill ce matin?
- Parce que c'est assez marrant. Cette pauvre tapette sans défense.
- C'est très courageux, surtout.
- Qu'est-ce qu'il y a, Tom? Tu prends la défense de ta chérie?
Aussitôt, Tom saisit son couteau et plaça la lame contre la gorge de Hans sans que celui-ci put faire quoi que ce soit pour se protéger. Un petit truc qu'il avait appris à St Andrews.
- T'es malade, non?
- Ne redis jamais ça.
- Tu crois que tu me fais peur, tapette? Ces couteaux ne coupent pratiquement rien.
- Ah ouais? Et comme ça?
D'un preste geste de la main, Tom plaça le bout arrondi de son couteau en inox contre la trachée de Hans et appuya suffisamment pour lui couper le souffle. Les autres tout autour commençaient à paniquer sérieusement.
- Tom, arrête!
- T'es dingue ou quoi?
- Arrête, tu vas le tuer!
Tom considéra l'assistance en souriant.
- Je suis toujours une tapette, pour vous?
- NOOOOOOOON !!!!!! hurlèrent-ils.
Tom consentit à lâcher Hans qui se mit à ahaner et à cracher pour récupérer. Les autres regardaient Tom comme un psychopathe, un mélange de respect et de terreur.
Tom se leva alors, ils allaient voir ce qu'ils allaient voir, il alla s'asseoir à la table de David, Richard et Stephen.
- Qu'est-ce que tu veux?, demanda Stephen, pas engageant, et qui avait plus ou moins compris ce qui c'était passé à côté.
- Te dire, à toi et à tes petits copains, que s'attaquer à quelqu'un qui n'est pas capable de se défendre, c'est juste minable.
- Oooooh regardez ça les gars, Robin des Bois est de retour. Et qu'est-ce qu'on a fait de si minable, selon toi?
- Qu'est-ce qui vous fout le plus les boules dans le fait que Bill Kaulitz se maquille? C'est parce qu'il fait ce que vous n'aurez jamais les couilles de faire, ou parce que jamais vous ne pourrez sortir avec lui?
- Mon pote, tu ferais mieux de la boucler et de te casser de là si tu tiens à la vie.
- Je ne suis pas « ton pote », connard. Et je sais me défendre.
- Ah ouais?
Là-dessus, Tom bondit comme un chat sur la table et avant que l'autre n'ait compris ce qui lui arrivait, il lui décocha un formidable coup de pied dans la mâchoire, le renversant de sa chaise. Les deux autres allaient probablement le mettre en pièce, mais deux profs alertés par le bruit arrivèrent, dont madame Chauve Souris, en s'essuyant la bouche. Tom sauta à bas de la table.
- C'est lui qui a commencé, brailla David en désignant Tom.
- F'est pas beau de rappor....
- Mademoiselle Hagen, finissez ce que vous avez dans la bouche.
- D'accord. *gloups* Oui, je disais, c'est pas beau de rapporter, David.
- Vilaine, va, dit Tom, ce qui eut pour but de faire éclater de rire Mme Chauve Souris, enfin, Mlle Hagen.
L'autre prof la regarda d'un ½il noir, puis il alla récupérer Stephen, toujours écroulé par terre.
- Bon, Mlle Hagen, j'emmène celui-là à l'infirmerie. Occupez vous des autres.
- Ben voyons, dit-elle dès qu'il fut assez loin pour ne pas l'entendre. Bon, qu'est-ce qui c'est passé ici?
- Rien, dit Tom.
- Rien, dit Richard en donnant des coups de latte à David pour le faire taire.
- Rien, dit un peu tout le monde autour.
- Génial. Donc il ne s'est rien passé, Tom n'était pas debout sur la table et Stephen n'est pas en direction de l'infirmerie, c'est ça que vous essayez de me dire?
- Quoiqu'il se soit passé, ça ne se reproduira plus, dit David.
Tom leur murmura discrètement à l'oreille: retouchez à Bill et je vous aurais comme j'ai eu Stephen.
- Ça va, on a compris. Dégage maintenant.
Pendant ce temps là, Mlle Hagen pétait un câble.
« Non mais vous vous rendez compte, avant, j'étais dans un internat de filles, et ce n'était que mesquineries, petites saloperies entre copines, méchancetés, bêtises et jalousies, mais vous les garçons, vous êtes encore pires! La loi du silence, vous croyez que c'est malin? Je vous préviens, si je surprends encore une bagarre, UNE SEULE, c'est avec moi qu'il va falloir se battre! C'EST CLAIR?
Elle avait beau mesurer un mètre soixante pour très probablement quarante cinq kilos, aucun des garçons ne remit sa parole en doute.
Tom se pencha vers elle.
- Il n'y aura plus de bagarre, c'est promis.
Les autres garçons osèrent enfin bouger et retournèrent s'asseoir. Ne restaient plus, dans l'allée centrale, que Mlle Hagen et Tom. Mlle Hagen poussa un soupir.
- Du moins, pas en ma présence, mais bien cachée, à l'abri de tous les regards, c'est ça? Je ne me fais pas la moindre illusion vous savez.
« Moi non plus », pensa Tom en la regardant partir.